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Qu'est-ce qui permet de calmer le système nerveux du système familial ?


Il y a des peurs qui ne nous appartiennent pas tout à fait. Des sursauts, des effondrements, des sensations de danger imminent qui surgissent sans que rien, dans notre histoire personnelle, ne semble les justifier pleinement. Et si une partie de ces réactions n'était pas seulement la nôtre, mais celle d'un système plus vaste — le système familial dans son ensemble ?


C'est une hypothèse née de l'épigénétique.


Grâce aux avancées en épigénétique, nous savons aujourd'hui que certains grands stress vécus par nos ancêtres peuvent laisser des traces dans la régulation de l'expression des gènes. Rien n'est modifié dans la séquence de l'ADN elle-même, mais des marqueurs viennent en quelque sorte « allumer » ou « éteindre » certains gènes, notamment ceux liés à la gestion du stress — et ces marqueurs peuvent se transmettre d'une génération à l'autre.


On pourrait donc, par analogie, parler d'une forme de système nerveux du système familial. Non pas au sens anatomique, bien sûr, mais au sens fonctionnel : comme s'il existait, à l'échelle du clan, une mémoire vive du danger, une vigilance qui se transmet en silence, de corps en corps, de génération en génération.

C'est ce que l'on peut appeler le terrain nerveux familial.


Le terrain nerveux familial : quand l'histoire se rejoue sans se raconter


Dans un clan familial qui a traversé de grands drames — guerres, deuils brutaux, exils, violences, ruptures — une partie de ce stress peut se transmettre de génération en génération. On observe alors des schémas répétitifs : des situations qui reviennent, des peurs disproportionnées face à certains contextes précis, des scénarios de vie qui semblent remettre en scène, presque mot pour mot, quelque chose de cette histoire ancienne.


Le plus troublant, c'est que la descendance a souvent perdu le sens de ce stress. L'histoire originale s'est effacée — on ne sait plus qui, quand, pourquoi — mais le corps, lui, continue de porter quelque chose de son empreinte. L'information est là, active, sans son récit.


Symboliquement, tout se passe comme si l'inconscient familial disait :


« Je ramène dans ma vie une situation me permettant de vivre concrètement le stress correspondant à une information que je portais en moi inconsciemment concernant une situation que je n'ai pas (encore) vécue. »


Ce n'est pas une malédiction, ni une fatalité. C'est une tentative — maladroite, coûteuse, mais une tentative — de faire enfin exister ce qui n'a jamais pu être nommé.


Calmer le stress transgénérationnel pour reprogrammer l'expression ds gènes : quatre mouvements


Un des moyens de calmer ce stress est de reprendre, un à un, les gestes qui n'ont peut-être jamais pu être posés au moment du drame originel.


1. Nommer le ressenti


« J'ai extrêmement peur, mes jambes se dérobent sous moi, j'ai envie de m'effondrer. Je n'ai même pas la force de me sauver et j'ai l'impression que je vais mourir. »


Mettre des mots précis, incarnés, sur une sensation permet déjà de la faire exister autrement que comme une simple décharge automatique. C'est notamment ce que le représentant va faire dans une constellation familiale : exprimer, nommer, mettre en lumière le ressenti de la personne représentée — souvent avec une justesse déconcertante, alors même qu'il ne connaît rien de l'histoire réelle.


2. Entendre que la vague va passer


Se rassurer, entendre que la vague de stress est passagère, que le calme et la sécurité vont revenir. C'est aussi le rôle de l'animateur de la constellation : accompagner ce mouvement vers davantage de sécurité, tenir l'espace pendant que la vague se déploie, sans la couper ni la nier, jusqu'à ce qu'elle retombe d'elle-même et que la personne puisse repasser en mode parasympathique (mode du repos et de la récupération nerveuse). Cela va être bénéfique pour le système familial de la personne qui pose sa constellation mais également pour le représentant qui aura forcément un miroir dans son propre système.


3. Se souvenir que la vie a continué


Se rappeler que l'on a réussi à survivre à l'épreuve, que la vie a continué — ou bien que, même si le corps est mort, l'Être a continué son chemin. C'est ce que l'on va pouvoir dire et dérouler symboliquement dans la constellation : redonner à voir la suite de l'histoire, celle que le stress figé avait occultée. Nous allons montrer à la personne qui est représentée avec son stress programmant – une arrière-grand-mère endeuillée, un grand-père qui a fait faillite, etc. - la beauté de sa lignée après lui pour relancer l'Espoir, la Valeur et l'Amour. En regardant la vie qui s'est déployée après et depuis elle, la personne représentée va bénir, légitimer et libérer sa lignée.


4. Répéter


Répéter tout cela plusieurs fois. Notre cerveau – qui est algorithmique - apprend aussi par la répétition : pendant la constellation, nous faisons répéter certaines phrases, puis nous pouvons conseiller aux personnes de continuer à les répéter quelque temps après — lors d'un rituel devant un autel, le matin en se levant, le soir avant de se coucher. Ce n'est pas de l'incantation gratuite : c'est un réentraînement progressif du terrain nerveux, phrase après phrase, jour après jour.


Des échos du côté du nerf vague


Ce qui est frappant, c'est que ce déroulé — nommer, rassurer, resituer dans le temps, répéter — trouve des échos intéressants du côté des méthodes contemporaines de régulation physiologique du stress, notamment celles inspirées des connaissances développées autour du nerf vague. Ces approches cherchent, elles aussi, à sortir le système nerveux d'un état de sidération ou d'alerte chronique pour le ramener vers un état de sécurité — par le corps, la respiration, les mouvement de regards, la voix, le rythme, la répétition, la présence d'un tiers rassurant.


Deux chemins, deux vocabulaires — l'un venu de la physiologie, l'autre de la psychogénéalogie et des constellations familiales — semblent ainsi converger vers une même intuition : le stress qui n'a pas pu être digéré au moment où il est survenu continue de chercher, parfois sur plusieurs générations, une occasion de se dire, de se sentir en sécurité, et enfin de se déposer.


Et vous, connaissez-vous, dans votre histoire familiale, un schéma répétitif dont personne ne se souvient plus vraiment de l'origine ?

 
 
 

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