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Le Couple Amoureux qui se suffit à lui-même : quand l'enfant n'a pas vraiment sa place

il y a 3 heures
5 min de lecture

Il y a des histoires d'amours qui se referment sur elles-mêmes. Des couples si pleins l'un de l'autre qu'il ne reste, littéralement, plus d'espace pour un tiers — pas même pour l'enfant qu'ils vont pourtant mettre au monde.

Explorons cette configuration : l'amour qui prend toute la place !

Dans notre société, faire un enfant reste la suite logique d'une histoire d'amour. C'est ce qu'on fait, presque par convention, quand on forme un couple. Mais chez certains couples très fusionnels, cette suite logique ne fait pas vraiment sens. Leur amour se suffit à lui-même. L'enfant n'est pas un désir qui vient naturellement s'ajouter à leur histoire — il est, au mieux, une fonction : occuper l'un des deux conjoints, être la prolongation du couple, meubler un vide, donner une contenance sociale à un couple qui, intérieurement, n'a besoin de rien ni personne d'autre. Nous allons souvent retrouver la fonction d'enfant pilier de famille, d'enfant bâton de vieillesse (que je développerai dans un prochain article).


Dans cette configuration, l'enfant ne devient pas un obstacle explicite. Personne ne dira jamais qu'il est de trop. Mais il va le ressentir — dans les silences, dans le lien froid, distant, technique, dans la façon dont le regard des parents se referme toujours l'un sur l'autre, dans l'absence de cette place fonctionnelle qui, normalement, se dessine en creux dans le système familial pour que chacun de ses membres puisse exister comme individu respecté dans son individualité, soutenu et aimé par ses aînés.


Des phrases assassines peuvent émerger de la part d'un des parents ou des deux, notamment dans le cas d'une séparation ou d'un décès d'un des deux membres du couple parental : « J'aurais préféré que ce soit toi qui partes plutôt qu'elle » par exemple.

Le parent, ici, ne cache pas la dynamique familial dysfonctionnel ni le lien toxique, mais il n'en a pas vraiment conscience pour autant...

Nous voyons alors que l'amour au sein du couple parental est important mais il peut aussi devenir, dans l'excès et l'irresponsabilité, un véritable tsunami pour l'enfant.


Le paradoxe de l'enfant "libéré" d'un devoir

On pourrait penser qu'un enfant qui n'a pas la charge de rendre le couple parental heureux — puisque celui-ci se suffit déjà à lui-même — et grandissant au sein d'un couple très amoureux, se trouve en réalité libéré d'un fardeau bien connu en psychogénéalogie : celui de l'enfant thérapeute, chargé de sauver ou de réparer le couple de ses parents.

Mais c'est l'inverse qui se produit. Loin d'être libéré, cet enfant souffre profondément de ne pas trouver sa place, de ne pas être reconnu dans son individualité et surtout : de ne pas avoir l'autorisation (plus que le droit) de vivre pleinement sa vie dans la et sa lumière. Car ce dont un enfant a besoin, ce n'est pas seulement d'être délesté d'une fonction — c'est d'être désiré pour lui-même, reconnu comme sujet légitime au sein du système. Le couple fusionnel, en ne laissant filtrer aucun espace psychique disponible, prive l'enfant de cette légitimité fondatrice. Il n'est ni sauveur, ni gêneur déclaré : il est simplement trans-parent, en trop, sans que personne n'ait besoin de le formuler.

Nous retrouverons, entre autre, des problématiques d'interdit et d'impossible autour de :

la valeur : du mal à briller dans sa valeur, ses compétences et talents

la visibilité : du mal à s'autoriser à être visible pour lui-même, il ne sera potentiellement visible que dans l'aide à autrui (c'est sa fonction)

l'émotionnel : l'enfant souffre d'un trouble de l' « attache-ment » insécure*, pour survivre il va très tôt se dissocier de ses émotions voir de son corps qui ne recevra pas assez de marque d'affection (problème de poids, du mal à se connecter à ses émotions, sensation d'être dissocier tête/corps, un mental et un sens de l'analyse hyper développé,...)

la vie affective : on retrouve la dynamique : je veux amener à mon enfant le contraire de ce que j'ai vécu, j'ai vécu un traumatisme autour du couple amoureux de mes parents alors je ne veux surtout pas être trop amoureux dans mon couple pour pouvoir être disponible pour mon enfant

une relation fusionnel à son/ses enfants : je vais chercher un conjoint peut disponible pour les enfants pour leur donner ce que je n'ai pas reçu.


Le terrain affectif qui en résulte

Ce défaut originel de place laisse une empreinte durable sur le terrain affectif de l'enfant devenu adulte. J'ai évoqué ci-dessus le trouble de l'attachement de type insécure : l'incertitude fondamentale d'avoir sa place dans un lien, quel qu'il soit, installée dès les premières années de vie.

De cet attachement insécure découle fréquemment une dépendance affective : puisque la légitimité n'a jamais été acquise de l'intérieur, elle est cherchée sans relâche à l'extérieur, dans le regard et la présence de l'autre.

Et c'est précisément ce terrain de dépendance affective qui va, plus tard, attirer à elle des profils bien particuliers : des conjoints manipulateurs, parfois de véritables pervers narcissiques. Rien d'étonnant à cela : ayant grandi comme un objet — un instrument utile au couple parental plus qu'un individu désiré pour lui-même — cette personne va, sans le savoir, continuer d'attirer des partenaires eux-mêmes en quête d'un objet à posséder, avec lequel fusionner, plutôt que d'un individu libre à rencontrer. Le trouble de la dépendance affective devient alors le point d'accroche parfait pour ce type de relation.

Podcast passionnant sur la théorie de l'attachement : https://youtu.be/kKt49CwdDh0?si=GyaSRCDzqoa0e3HJ


Choisir la solitude plutôt que le mal-accompagnement

Face à ce constat, certaines de ces personnes finissent par faire un choix radical : rester seules plutôt que mal accompagnées. Un choix qui, en surface, ressemble à une résignation, mais qui, en profondeur, dit tout autre chose.

Car cette solitude ne leur est pas étrangère. Elle les accompagne depuis le début. Elle est même, d'une certaine façon, le seul territoire familier qu'elles connaissent vraiment — celui d'avoir grandi entre la solitude de l'enfant transparent et le versant pervers d'un couple parental qui se suffisait à lui-même, sans jamais transmettre à cet enfant ni légitimité, ni place.

L'enfant élevé par ses parents a donc des chances de reproduire le schémas de ses grands-parents fusionnels : « j'ai vu maman seule, j'ai manqué d'un couple parental uni, je vais donc vibrer dans ma vie : je veux un conjoint fusionnel pour fonder ma famille : REDFLAG !! ». C'est ainsi que nous fabriquons des patterns transgénérationnels.


Mettre ces dynamiques dysfonctionnelles en constellation pédagogiques

C'est précisément ce que le travail de constellation pédagogique permet de rendre visible : redonner à voir, dans l'espace, cette configuration où l'amour du couple avait pris toute la place, et où l'enfant, resté hors-champ, n'avait jamais pu occuper la sienne. Nommer ce système, le regarder en face, permet souvent à la personne représentée — et à celle qui consulte — de commencer à distinguer ce qui appartient à l'histoire du couple parental, de ce qui pourrait enfin devenir sa propre place, légitime, à occuper. Le couple pârental représenté dans la constellation va être accompagné à prendre conscience de ces erreurs et se remettre en chemin vers la résolution pour remettre en place chez le constellé une structure fonctionnelle soutenante.


Poser sa constellation pour mettre en lumière et ramener l'harmonie



Un atelier en visio-conférence pour repérer les répétitions


 
 
 

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